Edito : L’épargne à la rescousse de la protection sociale

Financement des retraites, financement de la dépendance, financement de l’assurance-maladie, il est peut-être temps de rebattre les cartes. Le système actuel construit pour une population et pour une économie en pleine croissance s’accommode mal du vieillissement et de la stagnation. Par ailleurs, au fil des ans, de mauvaises habitudes ont été prises.

Est-il normal que l’assurance-maladie rembourse des médicaments de confort comme le paracétamol à des assurés qui gagnent bien leur vie ? Est-il normal qu’au nom de la liberté il soit possible de multiplier les rendez-vous chez le médecin ? Est-il normal que le service des urgences soit transformé en dispensaire de premiers soins ?

Face à l’explosion des dépenses sociales, il y a plusieurs attitudes possibles.

La première consiste à gagner du temps. C’est que nous faisons depuis des années en accumulant des déficits au point qu’en 2010, le Fonds de Réserve des Retraites qui devait venir en aide aux caisses de retraite entre 2020 et 2040 a été réquisitionné pour rembourser la dette des régimes sociaux.

La deuxième vise à réduire le niveau des prestations sociales tout en ne le disant pas. C’est l’autre méthode utilisée par les gouvernements en jouant sur de multiples paramètres. Le gel des retraites, le calcul des pensions sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures, les déremboursements de médicaments…obéissent à cette logique.

La troisième qui est aussi utilisée s’apparente au jeu de bonneteau. Les charges sont déplacées d’un organisme à un autre avec in fine toujours un peu plus de charges supportées par les ménages et les entreprises. Ainsi, la généralisation de la complémentaire santé constitue une avancée sociale pour ceux qui n’en avaient pas. En revanche, cette généralisation permettra à terme un transfert de charges du régime général au détriment des régimes complémentaires. Du fait que les entreprises ne pourront pas supporter des majorations de cotisations, elles seront de réduire la couverture complémentaire au minimum, laissant aux ménages le soin de se doter d’une sur-complémentaire.

Ces méthodes plutôt mal-assumées aboutissent à une dégradation de l’offre sociale avec à la clef une montée des iniquités. Le système français s’américaine sans le dire. L’étage de solidarité, d’assistance existe comme aux Etats-Unis avec par ailleurs une diminution de la qualité de couverture pour les classes moyennes qui subissent une augmentation des cotisations, une réduction des prestations tout en ayant plus les moyens de s’offrir de sur-complémentaire.

Faut-il accepter sans rien dire cette évolution ou existe-il d’autres pistes ?

Il faut avouer que nous sommes face à une situation sans précédent. Le vieillissement de la population devrait entraîne une augmentation des dépenses sociales de 4 à 6 points de PIB, en France, d’ici 2030. Dans certains pays comme le Luxembourg, le surcroît de dépenses sociales devrait être de plus de 10 points.

La voie de la sagesse serait de créer rapidement un régime européen de Sécurité sociale qui aurait en outre l’avantage de jouer le rôle de régulateur de crise à travers les transferts financiers dont il serait à l’origine. La création d’un régime européen permettrait, en outre, de résoudre en partie la question des travailleurs détachés. Actuellement, l’ambition n’est plus à l’ordre du jour de l’Europe. C’est bien dommage.

L’autre solution serait d’agir sur les comportements des ménages en incitant les contribuables ayant des revenus moyens et élevés d’épargner en vue de leur assurance-maladie, de l’assurance-retraite et de la dépendance. L’effort d’épargne est concentré sur les plus de 45 ans et chez les Français se situant dans les 30 % les plus riches. Actuellement, la tentation des pouvoirs publics est de taxer cette population ce qui est antiéconomique et contreproductif. Il conviendrait bien mieux jouer sur l’orientation de l’épargne. En incitant les Français à épargner plus pour leur retraite et pour leur couverture sociale, le poids des dépenses sociales obligatoires en serait allégé. En corollaire, il faudrait accepter un peu de liberté et de concurrence ce qui ne signifie pas un système d’assurance sociale à deux vitesses. Avec l’instauration de chèques sociaux, il serait possible de lutter contre les discriminations sociales tout en instillant de la concurrence dans le système social. Le système actuel fait de passe-droit n’est équitable que sur le papier. Il faut garantir l’égalité d’accès par d’autres moyens.

Au niveau de l’épargne, afin de réduire le poids de cotisation qui pèse sur les jeunes et sur les actifs, la mobilisation de l’épargne constitue un des outils disponibles. Il faut certainement revoir les dispositifs fiscaux pour orienter l’épargne vers la prévoyance, la dépendance et la retraite.

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07 2014