Edito : Les bourses n’aiment pas le mois d’octobre et c’est encore vrai en 2014

CHUTE DES BOURSES

Une mauvaise habitude du mois d’octobre

Pourquoi les bourses n’aiment pas les mois d’octobre ?

Les bourses connaissent des moments de faiblesse plus ou moins brutaux durant l’automne et tout particulièrement au mois d’octobre. En 1929, en 1987 et en 2008, les krachs boursiers se sont produits au mois d’octobre

Ces accès de faiblesse s’expliquent par la survenue de facteurs économiques couplés à des arbitrages d’ordre financier. Au début du dernier trimestre de l’année, les investisseurs veulent réaliser leurs plus-values de l’année afin de conforter leurs résultats. Par ailleurs, les données macro-économiques pour l’année en cours et pour l’année suivante ont été affinées permettant d’avoir une vision plus précise de la situation économique. En outre, de nombreuses entreprises communiquent leurs résultats pour celles dont l’exercice se termine au 30 septembre. Il y a donc naturellement une plus grande nervosité à compter du mois d’octobre. Si le contexte économique se dégrade de manière imprévue ou plus fortement que prévu, les investisseurs peuvent opter pour le repli à grande vitesse et enclenché un krach.

Quelles sont les menaces qui expliquent la chute des bourses ?

En 2014, les investisseurs tablaient sur une augmentation de la croissance de l’économie mondiale et sur une amélioration de la situation des pays avancés dont ceux de la zone euro.

La zone euro est certes sortie de la récession en 2013 mais pour entrer dans une phase de stagnation. L’Italie, la France mais aussi les Pays-Bas connaissent une croissance nulle voire négative. L’Espagne, le Portugal et l’Irlande ont renoué avec la croissance mais après plusieurs trimestres de récession sans pour autant avoir les moyens de tirer la croissance européenne.

Jusqu’à maintenant, au sein des pays avancés, trois pays tiraient leur épingle du jeu, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Etats-Unis. L’Allemagne est confrontée de plein fouet au ralentissement économique de ses clients, France, Italie mais aussi Chine. Par ailleurs, l’Allemagne est touchée bien plus que prévue par le conflit en Ukraine.

Le Royaume-Uni a enregistré une baisse de la production industrielle prouvant qu’elle est impactée par le ralentissement continental.

Les Etats-Unis qui avaient connu un deuxième trimestre flamboyant marquent le pas. Les ventes de détail ont reculé en septembre. La faiblesse des augmentations salariales et des gains de productivité constituent des freins à l’expansion.

La Chine est confrontée à un ralentissement plus rapide de sa croissance. Les exportations en destination de l’Europe progressent moins vite qu’auparavant. Les possibilités d’accroissement de la production industrielle de la Chine sont de plus en plus limitées. Par ailleurs, la décision de développer le secteur tertiaire s’accompagne d’une érosion des gains de productivité et donc de la croissance. Par ailleurs, les tensions financières compte tenu de l’endettement des entreprises et des collectivités locales constituent des menaces sérieuses.

L’Amérique Latine connaît également des difficultés. Le Brésil est en stagnation et doit gérer l’entre deux jeux (Mondial et Jeux Olympiques). Plusieurs pays d’Amérique Latine souffrent de la chute des cours des matières premières.

Le ralentissement de l’économie mondiale se traduit par une chute rapide des cours d’autant plus que leur progression depuis 2006 avait favorisé la réalisation de nombreux investissements. Avec le développement du gaz de schiste et du pétrole bitumineux, l’offre de gaz et de pétrole s’est fortement accrue. Les pays producteurs vont devoir se coordonner pour tenter d’éviter une chute du cours du pétrole autour de 80 dollars du baril. Ce qui est vrai pour l’énergie, l’est également pour de nombreuses matières premières comme l’or ou le cuivre.

Les marchés financiers sont également nerveux par l’attente longue du changement de politique monétaire aux Etats-Unis et à titre accessoire de celle du Royaume-Uni. La baisse continue du chômage qui est passée à 5,9 % aux Etats-Unis et à 6 % au Royaume-Uni laisse présager aux investisseurs que les taux pourraient être relevés rapidement ce qui conduit à des arbitrages entre les différents types de placement. Les actions ont profité ces derniers de cette situation. L’annonce d’un ralentissement de l’économie mondiale peut conduire les banques centrales à relever les taux et conduit les investisseurs à changer leur fusil d’épaule.

A ce contexte délicat, il faut ajouter la crise sanitaire provoquée par Ebola qui pourrait pénaliser les secteurs du tourisme et des transports aériens. Elle pourrait freiner les échanges avec l’Afrique qui connaissait une forte croissance depuis plusieurs années.

La crise en Irak et en Syrie tout comme la persistance de la crise en Ukraine ne sont pas non plus des facteurs positifs même si pour le moment la première n’a aucune incidence en ce qui concerne les prix du pétrole.

L’absence d’initiative forte de la part du G20 ou du Conseil européen en ce qui concerne la zone euro constitue également une autre source de pessimisme pour les investisseurs. Pour les mois à venir, il est délicat d’établir des prévisions fiables faute de routes tracées par les pouvoirs publics.

Que doivent faire les épargnants ?

Les épargnants français sont faiblement exposés au risque actions. Sur les 1500 milliards d’euros d’assurance-vie, seulement 15 % sont investis en unités de compte dont une partie est en actions. Moins de 7 millions de Français détiennent un Plan d’Epargne en Actions sur lesquels il y a 100 milliards d’euros. De ce fait, la grande partie de l’épargne des Français n’est pas touchée par la chute des cours. Pour ceux qui ont des actions, ils ne doivent pas céder à la panique et ne pas se précipiter pour vendre. En France, il y a une tendance à acheter en haut de cycle et de vendre quand les cours sont bas. Il faut faire l’inverse. La baisse des cours ouvre des opportunités. La valeur des actions françaises est assez faible même si elles avaient progressé de 15 % en 2012 et de 18 % en 2013. Néanmoins, le CAC 40 n’avait pas retrouvé son niveau de 2008. Pour éviter les à-coups de la bourse, les épargnants ont tout intérêt à investir régulièrement.

Les cours peuvent-ils encore baisser ?

A défaut d’initiatives publiques, le contexte devrait rester lourd dans les prochaines semaines. Les décisions de la FED sur les taux pourraient éclaircir l’horizon d’ici quelques semaines surtout en ce qui concerne la conjoncture américaine.

Les incertitudes internationales et sanitaires devraient continuer à peser sur les cours.

Par ailleurs, de nombreux experts considèrent que les actions étaient sur certaines places étaient surévaluées de 15 à 20 % pouvant amener un mouvement de correction à la baisse.

En ce qui concerne le CAC 40, une contraction autour de 3600 / 3700 points est envisageable au vu du contexte européen et de l’affaiblissement de la croissance mondiale.

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10 2014