Edito : Grèce, stay or shoulg I go outside the euro area ?

Aléxis Tsípras, après l’obtention de l’accord du 20 février dernier, tente de convaincre ses interlocuteurs du bienfondé de sa politique et de la capacité de la Grèce à respecter ses engagements. Après être passé à l’OCDE, il a rencontré le Président de la Commission de Bruxelles qui a précisé la politique européenne vis-à-vis de la Grèce. Ainsi, Jean-Claude Juncker, en accueillant le Premier ministre grec Alexis Tsipras vendredi 13 mars à Bruxelles, a déclaré que « je ne suis pas satisfait des développements en Grèce ces dernières semaines, je ne pense pas que nous ayons fait suffisamment de progrès. Mais je vais essayer de pousser pour une conclusion réussie ». Il a ajouté « j’exclus totalement la possibilité d’un échec. Je n’en veux pas, je veux que les Européens s’entendent. Ce n’est pas le moment de se diviser ».

L’accord du 20 février a signé, pour un temps, l’appartenance de la Grèce à la zone euro sans pour autant comporter un vrai chemin de sortie de crise. Cet accord a permis de gagner du temps et de sortir de l’ornière mais de nombreuses questions restent en suspens.

Un accord positif pour la Grèce ?

Cet accord a desserré le nœud coulant sur la Grèce. Il a eu comme premier effet de de réduire la fuite des dépôts, qui dépassait 20 milliards d’euros depuis le mois de décembre.

Le pouvoir en place doit vendre l’idée qu’il est un succès et non pas une victoire à la Pyrrhus. L’opinion publique conserve sa confiance au gouvernement mais une partie de l’aile gauche de Syriza commence à émettre des doutes sur le bienfondé du plan adopté. Elle accuse à demi-mots le gouvernement de faiblesse et de ne pas avoir étudié la possibilité d’une sortie de la Grèce de la zone euro.

Pour la Grèce, le chemin de croix continue. En effet, la liste des mesures acceptées par l’Eurogroupe doivent faire l’objet de négociations jusqu’à fin avril. Le FMI réclame déjà des précisions sur l’orientation budgétaire grecque à long terme.

Par ailleurs, la Grèce doit au plus vite retrouver le chemin de la croissance pour pouvoir rembourser ses dettes, réduire leur poids dans le PIB et également voire avant diminuer le taux de chômage.

Face aux terribles défis auxquels est confrontée la Grèce, la sortie de l’euro demeure-t-elle une solution envisageable comme l’a proposée Valéry Giscard d’Estaing ?

Que signifierait la sortie de la Grèce de la zone euro ?

La création d’une nouvelle monnaie grecque s’accompagnerait obligatoirement d’un contrôle des capitaux. Elle se déprécierait par rapport à l’euro au minimum de 60 %.

Durant une période transitoire, les Grecs ne pourraient avoir accès qu’à une partie de leurs liquidités et capitaux mobiliers.

La dépréciation de la nouvelle monnaie provoquerait un renchérissement du coût des importations. Du fait de l’impossibilité d’accéder aux marchés financiers, la Grèce aurait des difficultés pour avoir des euros ou des dollars et donc pour importer. Or, du fait de la faiblesse de la production intérieure, des pénuries et une forte inflation sont à craindre. Les entreprises, privées grecques pourraient avoir des problèmes d’accès aux crédits fournisseurs internationaux et aux crédits bancaires.

Une contraction forte de demande intérieure et donc de l’activité serait inévitable. Des tensions salariales pourraient intervenir. Les Grecs pourraient demander des hausses de salaires pour compenser la baisse du pouvoir d’achat.

La dépréciation de la monnaie grecque pourrait générer de nouvelles recettes mais il y a des goulots d’étranglement. La Grèce ne peut guère accueillir beaucoup plus de touristes que les 22 millions de 2014.

L’Etat grec serait automatiquement en défaut et aurait besoin de faire appel à des organismes internationaux pour payer les fonctionnaires et verser les prestations sociales. La dette exprimée en euros augmenterait de 50 à 80 %. Il est fort probable que les pays européens acceptent d’être payés en monnaie grecque d’autant plus que les autorités monétaires helléniques pourraient être tentées par  la création monétaire.

Les décrochages monétaires intervenus en Amérique latine et tout particulièrement en Argentine (fin du currency board) se sont accompagnés d’une forte contraction de l’activité et d’une forte inflation

Quelles conséquences pour la zone euro ?

Les Etats-membres perdraient certainement les créances qu’ils détiennent sur la Grèce.

Les investisseurs internationaux pourraient faire payer à la zone euro le fait qu’elle n’a pas été capable de sauver le soldat grec avec à la clef une dépréciation de l’euro. Les taux d’intérêt pourraient alors se tendre. La mise en place du Quantitative Easing atténuerait l’impact de la sortie de la Grèce.

Une sortie de la Grèce de la zone euro détruirait l’idée que l’appartenance à l’union monétaire est irrévocable. La perception du risque qu’un ou plusieurs autres Etats membres quittent, tôt ou tard, la zone euro augmenterait.

La crédibilité de la banque centrale européenne, qui s’est engagée à tout faire pour maintenir l’unité de la zone euro, pourrait aussi être entamée. La sortie de la Grèce ne pourrait qu’accentuer la fragmentation du marché financier.

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03 2015